Au Maroc, le berbère peine à se faire une place au soleil

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Au Maroc, le berbère peine à se faire une place au soleil

Message par Mohammed Hifad le Ven 8 Jan - 21:04




Au Maroc, le berbère peine à se faire une place au soleil
Marion Joseph (à Casablanca)
Une classe de tamazight à Rabat Moins de 15 % des élèves du primaire ont des leçons de berbère. ABDELHAK SENNA/AFP
Les organisations berbères, ou « amazighs », déplorent un rejet de leur culture alors qu’une forte proportion de la population marocaine parle le tamazight.
La Constitution de 2011 a fait du tamazight une langue officielle.
Mais la loi prévoyant de la décliner dans des domaines prioritaires n’a toujours pas vu le jour.
« Le tamazight (langue berbère, NDLR) fait partie de notre histoire, tous les Marocains devraient l’apprendre », affirme avec fougue Tawfik, habitant d’un quartier populaire de Casablanca, et originaire d’un village amazigh. Ce souhait répandu – le tamazight est langue maternelle d’une large partie de la population, notamment dans l’Atlas et le Sud – est aussi affiché par l’État depuis le début des années 2000 et, plus encore, depuis 2011. La Constitution conférait alors un statut de langue officielle au tamazight, qui date de l’époque pré-islamique mais qui a longtemps été marginalisé par les arabophones. « En théorie, tout le monde nous soutient », témoigne Abdallah Badou, président du réseau citoyen Amazigh. Mais dans les faits, rien ne bouge. »
La Constitution prévoyait le vote d’une loi organique assurant « l’intégration du tamazight dans les domaines prioritaires ». Celle-ci n’a toujours pas été votée. Mercredi, une question posée en tamazight au Parlement a relancé la polémique : alors que certains députés considèrent que le statut officiel de cette langue autorise son utilisation dans l’hémicycle, le groupe du Parti de la justice et du développement (islamistes modérés, au pouvoir) a estimé que le sujet ne doit pas « faire l’objet de surenchères » tant que la loi organique n’a pas vu le jour.
Fin octobre, après que le Haut-Commissariat au plan a annoncé que les berbérophones ne représentaient que 26,7 % de la population selon le recensement de 2014 (contre 28 % en 2004), des ONG amazighs étaient montées au créneau pour dénoncer un calcul « biaisé » : des chiffres de 40 à 60 % sont plus généralement évoqués. Les défenseurs du berbère regrettent aussi que l’objectif de généralisation dans l’enseignement soit loin d’être atteint : moins de 15 % des élèves du primaire ont des leçons de berbère prévues à leur emploi du temps. « Cette année, des professeurs de tamazight ont même été appelés à enseigner de nouveau l’arabe », déplore Abdallah Badou.
Selon Abdallah Kassi, responsable du chantier au ministère de l’éducation, les choses avancent tant bien que mal, en dépit du manque de moyens et des difficultés de recrutement. « Certaines régions, qui avaient pris de l’avance en demandant à des instituteurs de n’enseigner que le berbère pour toucher plus de classes, ont dû revenir en arrière faute de professeurs pour les autres matières, souligne-t-il. Mais une formation continue pour les volontaires a été mise en place, ainsi qu’un cursus qui a déjà touché 300 étudiants dans quatre villes. La tâche est immense, il faut du temps. »
Les militants dénoncent quant à eux une stagnation voire une régression de la reconnaissance de l’amazighité dans tous les domaines de la vie publique : école, mais aussi justice, culture, désenclavement rural… De timides progrès ont eu lieu ; cette année, des panneaux en alphabet « tifinagh » ont fleuri sur des autoroutes. « Mais les gens qui ne parlent que tamazight se retrouvent encore totalement démunis face à la justice ou l’administration, regrette Abdallah Badou. Les artistes berbères ne reçoivent aucune aide, et le budget de Tamazight TV reste ridiculement bas. »
Côté ONG, on attribue tous ces retards à un manque de volonté de la classe politique, jugée « arabiste » voire « amazigophobe » dans son ensemble. Récemment, le roi Mohammed VI a demandé l’accélération du vote des lois organiques non encore promulguées. « Mais tout ce temps perdu prouve que le gouvernement freine pour des raisons idéologiques, insiste Abdallah Badou. Il craint que la reconnaissance de l’amazigh ne porte tort à l’arabe, considéré comme la langue de l’islam. »
Nombreuses à avoir participé au « mouvement du 20 février » 2011, qui réclamait des changements institutionnels dans le sillage du printemps arabe, les organisations amazighs appellent de leurs vœux un Maroc « pluriel » et, pour certaines, « laïque ». à l’exemple d’Ahmed Adghirni qui accompagne le lancement de la plate-forme « Identité et innovation » après avoir présidé le Parti démocratique amazigh, dissous en 2008 pour « non-conformité aux lois régissant les partis politiques » en raison de son « ethnocentrisme ». « Cette fois, souligne-t-il, il s’agit de défendre non seulement les Berbères mais aussi le droit de tous les Marocains à vivre dans un pays libre, ouvert, et juste socialement. »
Le tamazight, future langue officielle en Algérie
En Algérie, un avant-projet de révision de la Constitution a été présenté cette semaine par la présidence de la République. Il prévoit d’ériger au statut de langue officielle le tamazight (berbère) aux côtés de l’arabe. Le tamazight est parlé dans ses variantes kabyle, chaoui, targui, chenoui et mozabite dans plusieurs régions d’Algérie. Son enseignement est dispensé dans certains établissements scolaires depuis 1995.
En 2001, il avait grimpé une première marche en devenant langue nationale. Et il dispose depuis 2009 d’une chaîne de télévision. Le quotidien El Watan relève toutefois que seul l’arabe, à la fois langue nationale et langue officielle, est protégé, toute révision constitutionnelle ne pouvant lui porter atteinte.
Le projet de révision prévoit également le retour à la limitation à deux mandats présidentiels qui existait dans la Constitution algérienne, avant qu’une révision en 2008 ne permette au président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999, de briguer un troisième mandat, puis un quatrième en 2014.
Le Journal la Croix du 9 janvier 2016.

Article envoyé par notre ami et ancien collègue Schwebel Marc
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Mohammed Hifad
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